La pluie de la fuite

Publié le par Clem

 

Ses yeux s'ouvrirent en grand. Dans son lit qui grinçait, elle releva son corps encore meurtrit.
 Elle baissa ses yeux pour constater que ses mains étaient pleines de sang. Cette couleur rouge qu'on ne trouve nul part ailleurs. Cette couleur rouge qui la hanterait jusqu'à la fin de sa vie.
Elle secoua ses mains. Elle les frottait contre les draps. Le sang ne semblait pas vouloir s'en aller.
Il restait sur sa peau, comme une marque indélébile à tout jamais. Elle resta plusieurs heures les mains sous l'eau. Le sang se mêlait à elle comme de l'huile à la peinture. Le lavabo blanc était parsemé de tâches rouges. Ses yeux ne voyaient plus que du rouge. Partout. Son visage, rougit par la panique.
Ses avant-bras mouchetés de rouge plus clair. Sa chemise de nuit, tâchetée. Aussi.
Sa vie baignait dans le rouge. Sa vie baignait dans le sang. Le parfum du regret la frappa de plein fouet. Là. Au milieu de sa salle de bain. Il était de nouveau en elle. Et elle avait beau tenter de l'enlever, il ne la quittait pas. Les yeux rougit par les larmes, les cheveux en bataille.
 Elle tomba à genoux au sol. Le seul souvenir de cette nuit, c'était toujours ce bruit de cascade.
Cette eau qui tombait inlassablement.

 

Elle marchait. Il pleuvait.
Il pleuvait à verse et elle frissonnait sous son long manteau déchiré.
Elle courait maintenant.
La musique douce de la pluie la hantait encore. Son coeur battant rythmait ses pas.
Elle esquivait chaque goutte d'eau, inexorablement. Ses mouvements précipités. Ses cheveux pendaient tels des serpents déroulés.
Et toutes ces gouttes. 

Que faisait-elle sous la pluie? Pourquoi courait-elle?

 

Ces gouttes d'eau étaient maintenant des visages. Des milliers de visages qui s'écraisaient sur son dos. Ou au sol. Tout comme ce visage mourrait dans ses pensées glacées. Ce visage plein de rides.
Le visage de la mort.

 

 

Publié dans Nouvelles

Commenter cet article